Yusuf Yesilöz

La route du couchant

(tit. or. Reise in die Abenddämmerung)

Lausanne, Edition d'en bas, 2000

Par Ihsan Kurt

La route du couchant est un récit sur la route d'exil. C'est l'histoire récente d'un peuple qui est exilé d'abord dans son propre pays et puis jusqu'en occident ou encore plus loin. Dans cette histoire il y a une héroïne, Fatê. Derrière elle un homme, c'est son mari.

Les femmes kurdes s'opposent aux politiques d'ethnocide du régime turc en apprenant leur langue maternelle à leurs enfants. A cause de cela elles sont devenues sacrées dans la résistance kurde. Mais elles sont également des victimes. Dans La route du couchant c'est cette réalité qui est expliquée. Fatê vit dans un petit village montagnard au Kurdistan de Turquie. Son mari, le berger, est pris par les soldats, des tortionnaires car il partage le pain avec les résistants de la montagne. Ensuite c'est elle qui fait la connaissance avec les couloirs sombre de la gendarmerie de son village. Partager son pain avec les résistants à la montagne est la tradition. "Le pain doit être partagé avec tous ceux qui n'en ont pas". Le livre parle aussi de "séparation" où chacun prend un autre chemin. D'abord, le mari prend la route du levant et elle, Fatê, La route du couchant qui est le titre de l'¦uvre de Yusuf Yesilöz.

Yusuf Yesilöz parle de la réalité kurde, du drame du peuple kurde. Il écrit les causes de l'exil, sans langue de bois, sans idéologie. Mais il en parle en allemand [langue originale du roman], la langue qu'il a appris en tant qu'exilé. La famille de l'auteur était elle aussi exilée à Konya, ville de Turquie près d'Ankara. Elle s'était exilée au début du 19ème siècle, lorsque le fabuleux sultan l'Abdulhamit appelé "le sultan rouge" a rasé certains régions du Kurdistan qui revendiquait son autonomie. Aujourd'hui l'écrivain habite à Wintertour. Il est marié avec une suissesse et a pris la nationalité suisse. En exil il a choisi la littérature plutôt que la politique. Peut-être c'est le destin des intellectuels orientaux, soit-il pousse en exil soit en prison, comme Nazim Hikmet (poété et écrivain turc, décédé en exil à Moscou), Cigerxwin (père de la poésie kurde, décédé en exil), Negip Mahfuz (écrivain égyptien, prix Nobel de littérature) et les deux grands écrivains kurdes Mehmet Uzun et Yashar Kemal.

Yusuf Yesilöz suit la ligne de ses deux compatriotes. Avec ses descriptions de la nature et des personnalités de son ouvrage il est le successeur de Yachar Kemal. Par contre, en ce qui concerne le récit sur l'exil il est dans la ligne de Mehmet Uzun, le romancier kurde exilé en Suède depuis 25 ans. Le
27 mars dernier La route du couchant a reçu le "Prix Littéraire LIPP" à Zurich. Parmi le jury il y a avait Ernest Nef, Mousse Boulanger, Janine Massard, Alexandre Voisard. Ses deux premiers livres sont parus en allemand, ce sont Die Reise in die Abendämerung (1998) et Steppenrutenpflanze (2000). Yusuf Yesilöz n'a jamais écrit dans sa langue maternelle qui est interdite en Turquie. Mais il n'a pas perdu l'espoir " Pourquoi pas un jour un roman en kurde "L'écrivain kurde, jette un pont entre la culture
européenne et la culture de Mésopotamie dont il est issu. Il ouvre les portes de la riche littérature orale kurde. Dans ce sens, il raconte la vie simple de Fatê et son mari Haso." C'est l'histoire d'un des trois milles villages du Kurdistan détruits et c'est l'histoire de deux des trois millions de kurdes qui ont pris la route de l'exil, depuis les montagnes du Kurdistan jusqu'à Istanbul et puis à Francfort, Paris ou à Genève. J'ai voulu photographier tout ce qui c'est passé là bas. Ce sont les véritables histoires que j'ai écrit" affirme l'écrivain. Il n'arrive pas à s'empêcher de nous faire partager l'angoisse de Fatê sur le chemin de l'exil. On suit les personnages dans les rues péripéties et leurs révoltes. Que va-t-il arriver à cette jeune femme analphabète avec deux enfants, dans un pays qu'elle ne connaît pas? La route qui mène en Allemagne est longue et pleine d'embûches. L'auteur habilement fait languir le lecteur et lectrice qui attend la suite de l'histoire impatiemment. Yusuf Yesilöz nous fait comprendre l'origine des raisons qui poussent des milliers de kurdes sur les routes de l'exil. Mais il donne aussi un message d'espoir pour l'avenir.


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